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L'Herbier de Poissons

Le 9 janvier 1873, un certain M. Cuges, de Montauban, donnait au musée « une collection de 25 poissons, mis en peau et collés sur papier ».

Cette dénomination étrange définit ce que l’on appelle un exsiccata de poissons ou plus communément un herbier de poissons.

Si ce type de préparation est surtout connu en botanique pour conserver des végétaux, cette technique a également été utilisée pour les oiseaux et les poissons. En effet, d’après le dictionnaire de la langue française de Littré, le terme d’herbier définit « toute chose conservée entre deux feuilles de papier ».

 

Maquereau commun (c) Muséum d'Histoire Naturelle Victor Brun, Montauban, O. Duchein

 

Cette méthode de taxidermie appliquée aux oiseaux est mentionnée pour la première fois en France en 1802 par un certain Marie-Jean-Philippe Mouton-Fontenille de la Clotte (1769-1837). Il détaille sa méthode dans son manuel de préparation. Quelques-unes de ses planches sont conservées au Muséum de Gap qui est le seul en France à posséder un tel herbier.

Le premier herbier de poissons est probablement l’œuvre de Laurent-Théodore Gronow (1730-1777). Il figure dans les collections du British Muséum.

Le procédé de préparation est décrit par un certain William Yarrel (1784-1856), ornithologue et ichtyologiste lors d’une séance de la Société zoologique de Londres.

« Une incision est réalisée sur la partie dorsale du poisson depuis l’arrière de la tête à droite ou à gauche du plan de symétrie, selon le flan que l’on souhaite conserver. Cette incision se poursuit jusqu’à la base de la queue, contournant la nageoire dorsale. De la même façon, une seconde incision est pratiquée ventralement, rejoignant la première transversalement en arrière de la tête et à la base de la nageoire caudale. La peau peut être ainsi dégagée et enlevée sur une partie. Le poisson est ensuite vidé de ses viscères d’une part, de ses muscles et de son squelette d’autre part. Le spécimen se réduit alors à la peau du flanc opposé, aux nageoires paires du même flanc et à la colonne vertébrale. (…) Le spécimen est ensuite nettoyé soigneusement à l’intérieur comme à l’extérieur, et enduit d’un préservatif pour être épinglé sur une planche de façon à lui conserver sa forme. (…) La peau séchée est ensuite vernie et conservée sous différentes formes, soit collée sur une feuille de papier ou de carton, soit sur une planchette en bois. »

Plusieurs Muséums en France conservent des herbiers de poissons : le Muséum National d’Histoire Naturelle (plus de 2000 planches) ou encore le Muséum de Nice (1000 planches).

L’étude des collections d’herbiers de poissons indique que ce type de préparation répondait à une problématique de conservation des spécimens collectés par les scientifiques lors des expéditions à travers le monde. Cette méthode leur garantissait de pouvoir envoyer leur récolte aux naturalistes chargés de les étudier tout en préservant les caractères des spécimens et en évitant leur dégradation.

Sur les 25 planches données en 1873, seules 22 nous sont parvenues aujourd’hui. Peut-être ont-elles subi des dommages importants qui ont conduit d’anciens conservateurs à s’en séparer ? Peut-être les retrouvera-t-on lors des campagnes de récolement ?

Nous n’avons malheureusement aucun document d’archives nous permettant de connaître l’origine de cet herbier. Peut-être est-ce seulement quelques planches issues d’un herbier plus important ? Comment M. Cuges a-t-il été en présence de ces planches ? En est-il l’auteur ?

On y trouve entre autres un maquereau (Scomber scombrus), une barbue (Scophthalmus rhombus), une rascasse noire (Scorpaea corpus) et une Vielle coquette (Labrus mixtus). Certaines planches ne comportent pas de noms d’espèces et n’ont pas encore été identifiées. Cet herbier n'a donc pas encore livré tous ses secrets!

 

Barbue et Castagnole (c) Muséum d'Histoire Naturelle Victor Brun, Montauban, O. Duchein

 

Référence bibliographique :

Une peau entre deux feuilles, l'usage de l'"herbier" en taxidermie au XVIIIe et XIXe sciècle. Amandine Pequignot, Revue d'Histoire des Sciences, Tome 59-1, Janvier-juin 2006, 127-136